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Emile Badiane
Emile Badiane

Senegal

Emile Badiane est né en 1915 à Tendième dans le département de Bignona. il était l’intellectuel, le surdoué, qui impressionnait son monde par la brillance de ses résultats scolaires.


Plus de utilisateur: miba
Creer: 16th Apr 2008
Modifier: 14th Jul 2008
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Senegal

Description of Work:
Emile Badiane est né à Tendième dans le département de Bignona, d’un père pasteur et d’une mère ménagère. A l’instar de tous les enfants de sa génération, l’école fut un véritable calvaire pour lui, car obligé tous les jours, matin et soir, de faire plusieurs km à pied pour faire le trajet aller-retour entre son village de Tendième et Bignona. Malgré cette épreuve pénible, il fera un parcours remarquable à l’école primaire avant d’intégrer l’école normale William-Ponty de Gorée, (qui sera ensuite transférée à Sébikotane, Ndlr) où il sortit major de sa promotion en 1935. «Il est alors accueilli triomphalement par les siens et l’avion le conduit jusqu’à Tendième son village natal. Parce qu’il était le premier d’ici qui réussissait un tel exploit», témoigne Paul Ignace Coly dans ses écrits. On reconnaissait même à Emile le don d’ubiquité qui expliquerait, selon certains, ses exploits à l’école. «Entre Bignona et Tendième, existait un bois sacret que Emile traversait pour aller et revenir de l’école. Emile dans, ses silences, entendait des voix et il n’était pas rare de l’entendre monologuer. Seul ou publiquement. Avec le temps, les responsabilités, cela était devenu de plus en plus fréquent. De longs murmures. Réminiscences de ses traversées du bois sacret où il avait certainement noué des liens avec quelques génies», atteste encore Paul Ignace Coly, repris par notre confrère et doyen Abdoulaye Dabo dans son ouvrage intitulé Histoire d’un triple compagnonage : Ibou Diallo-Emile Badiane, Casamance- Léopold Sédar Senghor, Mfdc-Bsd.

Emile devient ensuite directeur d’école de 1936 à 1947, date de son admission comme stagiaire à l’Ecole supérieure Blanchot de Saint-Louis. De 1947 à 1951, il est chargé d’enseignement au cours normal de Sédhiou avant de redevenir directeur d’école jusqu’en 1958.


Biographical Information
Emile Badiane
(At a Glance)
Interests: Politique, Culture
Place of Origin: Senegal

C’est Paul Ignace Coly qui a organisé le retour tant souhaité d’Emile Badiane, à Bignona. C’était en 1935 après que celui-ci a été sacré major de sa promotion à l’école William Ponty alors à Gorée. Non pas seulement pour honorer les exploits du fils prodige. C’est qu’à l’époque, les rivalités pour le leadership régional entre le département de Bignona et celui de Ziguinchor étaient à leur paroxysme. Et Ziguinchor, malgré son infériorité au plan démographique et de la superficie, parvenait toujours à imposer à Bignona ses points de vue et ses hommes. Parce que par rapport à la qualité des hommes politiques qui les représentaient et qui défendaient leurs intérêts respectifs, Ziguinchor était d’un cran au-dessus de Bignona. Or, ce n’étaient pas les ressources humaines qui faisaient défaut au Fogny-Boulouf. Bien au contraire. Seulement, celles-ci étaient moins impliquées dans la vie politique et étaient dispersées dans le nord du territoire national. C’est prenant conscience d’un tel état de fait et animé de la volonté ferme d’y remédier que Paul Ignace Coly a pris sur lui l’initiative de faire revenir Emile. Il explique : «Emile était à Podor et les choses évoluaient. Il nous fallait, ici, en Casamance, surtout ici à Bignona, quelqu’un qui pourrait intervenir efficacement sur la scène. Ziguinchor coiffait tout. Ils venaient ici, parlaient. Cela a même conduit à quelques accrochages. Une fois, je me souviens, il y avait Doudou Kane, Boubacar Edouard Diallo, ils étaient venus s’imposer aux diolas. Ils voulaient nous imposer un autre Kane. Un commerçant. Edouard Diatta, lui, était dans son fief de Oussouye et personne ne l’y dérangeait. Nous ici, l’on arrêtait pas de nous titiller. Nous n’aimions pas et le leur avons reproché de venir en faisant totalement abstraction des vues et volontés des autochtones. Certes nous ne connaissions pas la politique et le mot avait des connotations quelques peu péjoratives. Et nous venait surtout de loin. Saint-Louis, Dakar. Nous leur avions dit que nous avions des gens valables, capables de comprendre. Donc, on devait y être associé. Que nous avions nos interlocuteurs. On s’est accroché. Je leur ai dit mes quatre vérités sans pour autant avancer des noms. Il était bien clair, dans ma tête, que la politique à Bignona devait se faire avec les enfants de Bignona.»

Et l’enfant prodigieux ciblé pour mener la troupe n’étant dans l’entendement de tous Bignonois autre que Emile Badiane. Il avait de la carrure, il avait l’étoffe. Il était, aux yeux de ses compatriotes de Bignona, du calibre de ceux qui venaient s’imposer à eux. Et son retour donc devenait plus qu’un simple besoin, une urgence. Surtout après le coup de trop que venait de leur infliger leurs frères de Ziguinchor en leur imposant Ismaïla Kane. Un commerçant que Paul Ignace Coly déclare qu’il n’avait jamais pris la parole dans un quelconque meeting de quartier. Mais que son choix portait seulement sur le fait qu’il était de la Sfio. «Nous qui étions du Bds, étions la grande majorité, allions être représentés à Dakar, par des gens si peu représentatifs», regrette encore Paul Ignace Coly.

L’entrée en politique d’Emile Badiane s’est faite dans un contexte particulier marqué en Casamance par une guerre des tranchées entre le département de Ziguinchor, minoritaire mais dominateur parce que acquis à la cause de la Sfio, et un département de Bignona plus vaste et plus peuplé mais privé de voix parce que pro-Bds. Et Bignona conscient de son gap au plan intellectuel va battre le rappel de ses fils intellectuels. Emile répond favorablement à l’appel des sirènes du pays profond. Il revient à Bignona, et très rapidement, il va investir le terrain politique et grâce à la force de son verbe et à la pertinence de son discours, va participer à la massification du Bds. En effet, s’appuyant sur les promesses de Senghor, se présentant comme le futur député des sujets français, de supprimer l’indigénat, Emile Badiane et les siens vont abattre un travail de fourmi auprès des masses paysannes casamançaises, jusqu’ici très peu politisées, pour les faire adhérer massivement au Bds. En battant campagne autour de la promesse de Senghor, Emile savait pertinemment que son discours allait passait.

En Casamance, le statut de l’indigénat était synonyme de fourniture obligatoire et sans rémunération aucune, de riz, de mil, etc. A cela, s’ajoutaient les nombreuses corvées avec la construction ou l’entretien des routes par les populations sans contre partie.

Auparavant, il avait participé à la création, le 14 mars 1947 à Sédhiou, du Mfdc (Mouvement des forces démocratiques de Casamance) aux côtés des Ibou Diallo, Dembo Coly, Yoro Kandé, Ousmane Seydi, Paul Ignace Coly, Edouard Diatta, Boubacar Edouard Diallo, Michel Diop, Assane Seck, entre autres. Ce parti local se voulait avant tout une représentation des autochtones au niveau du Conseil général où, seuls les membres de la Sfio, parachutés, avaient à parler au nom de la Casamance. En 1953, à Marsassoum, est lancé pour la première fois l’idée d’une «intégration- apparentement, unité d’action, avec le Bds». Les consultations aboutirons en 1954, à l’intégration définitive du Mfdc dans le Bds sur impulsion d’Emile Badiane et d’Ibou Diallo. Et l’idée avait été mûrie lors du Congrès constitutif du Bds, à Thiès. Emile aurait, en effet, dans un élan, remis un paquet de cartes du Mfdc à Senghor en lui disant : «Voilà la contribution de la Casamance.» Sans en échange recevoir des cartes du Bds. C’était donc une initiative personnelle. «Certainement qu’en faisant don de la Casamance à Senghor, Emile aurait dû revenir s’expliquer. Après nous avoir informés. C’était plus conforme à la confiance aveugle que l’on avait de lui. Emile n’était pas comme tout le monde. Il était surtout un homme de vision. Il savait bien longtemps, avant quiconque, ce qu’il adviendrait. Il n’est tout de même pas exclu qu’il ait suivi, par mimétisme, ce que le parti local du Fouta (Ugoa) avait fait. Finalement tous les partis locaux (Mfdc, Ugoa et Bdk) ont fini dans le Bds. Captés par Senghor. Emile avait confiance en Senghor. Nous, nous avions confiance en Emile. Ainsi, nous étions embarqués dans l’épopée du Bds. Nous avions mis en place une structure épousant le découpage administratif. L’efficacité aidant, nous avons fini par laminer la Sfio», commente Paul Ignace Coly.

Mais le combat politique n’était pas pour autant fini pour Emile Badiane. Après avoir vaincu, avec son équipe, la Sfio, il devait maintenant faire face à l’un de ses principaux collaborateurs dans le Mfdc comme au niveau du Bds : le redoutable Ibou Diallo. Les vicissitudes de la politique en ont décidé ainsi. En effet, la cassure intervenue au sommet de l’Etat entre Senghor et Mamadou Dia en 1962 n’épargnera pas les deux compères que quasiment tout rassemblait. Moulé tous les deux à l’école William Ponty à Gorée, façonnés à Blanchot, au Cours normal de Sédhiou et alimentés à la sauce senghorienne, les deux compères verront leur destin consolidé à Béssir et Kartiack (deux villages du département de Bignona) avant de poursuivre au Mfdc à Sédhiou, Marsassoum, Bignona puis au Bds leur itinéraire commun qui se terminera en 1963.

Emile naturellement sera du côté de Senghor et Ibou Diallo dans le camps de Mamadou Dia. Leur affrontement devint ainsi inévitable. Ibou Diallo sera remplacé au ministère de la Santé et à la mairie de Sédhiou par Dembo Coly, resté fidèle à Senghor. Emile Badiane restera ministre jusqu’à sa mort le 22 décembre 1972. Mais l’on retiendra, avec le doyen Abdoulaye Dabo, que, du temps d’Emile, de Ibou Diallo et d’autres figures de la politique régionale et ayant participé à la création du Mfdc, la confession, l’éthnie n’étaient pas des paramètres : la Casamance seule comptait. Et Emile Badiane contribuera énormément à la promotion socio-économique et intellectuelle des fils de la Casamance sans distinction d’appartenance politique. C’est ainsi qu’il aidera nombre de Casamançais à obtenir des postes au niveau de l’administration ou des bourses d’études à l’étranger, sans compter le nombre d’écoles construites en Casamance devenue, de fait et cela jusqu’à ce jour, l’une des régions les plus scolarisées du pays. Le vieux Mouhammed Coly explique que si Emile était tant aimé par les siens, c’était surtout grâce à ses qualités humaines. «La première chose qu’il faisait à chaque fois qu’il débarquait à Ziguinchor, c’était d’aller rendre visite à tous les notables de la ville. Il entrait quasiment dans toutes les maisons, partageait leurs repas, allait boire du vin avec eux dans les «dakkas» (cabarets), les recevait chez lui. Emile aimait particulièrement la viande de singe et les gens lui en procuraient tout le temps», témoigne-t-il. Selon lui, Emile Badiane fréquentait plus ses adversaires politiques et aidait davantage à la promotion de leurs enfants qu’à ceux de ses partisans. Et ceux-ci le lui reprochaient souvent. «Mais lui, ce qui l’intéressait le plus, c’était d’être Casamançais et rien d’autres. Il était très régionaliste, mais avait également une claire conscience de ce qu’était la République. Il tenait particulièrement à l’unité d’un Sénégal fort et avait beaucoup d’estime pour Senghor qui le lui rendait bien», assure-t-il.

Pour Abba Diatta, ancien député, sénateur, président de l’association culturelle Aguène Diambogne, et qui fut l’un des plus proches collaborateurs d’Emile Badiane, Emile était un très grand visionnaire. «C’est lui qui insistait pour que les Casamançais fassent des études techniques. Il cherchait à implanter des écoles un peu partout en Casamance, dans tous les gros villages. Il n’hésitait pas à recourir à l’investissement pour les faire construire, après avoir parfois laborieusement sensibilisé les populations.» Abba Diatta voyait également en cet ancien «collaborateur intime du Président Senghor» un chef. «Il n’est arrivé à aucun de ses collaborateurs d’avoir regretté de l’avoir un temps soit peu suivi. Emile veillait personnellement sur la promotion des hommes et des femmes qui l’avaient suivi. Il s’évertuait à régler personnellement tous les problèmes sociaux, aplanissait les difficultés. Il attaquait les problèmes avec courage, détermination, patience et toujours dans une stricte franchise.» Poursuivant son témoignage, Abba Diatta avoue : «Personnellement, j’ai tout appris à ses côtés. Je lui dois tout.»

«Emile n’a jamais été pour une quelconque indépendance de la Casamance. Ceux qui aujourd’hui parlent d’indépendance, je ne sais de qui ils tiennent leur théorie», a déclaré, catégorique, Paul Ignace Coly qui regrette qu’au regard du paysage politique éclaté, les membres fondateurs du Mfdc originel ne se soient pas retrouvés pour tirer la sonnette d’alarme et éviter la dispersion. Et d’insister : «Je répète que nous n’avions jamais sorti le mot indépendance de notre bouche. D’ailleurs, même au Bds, on ne parlait pas encore d’indépendance», avant de se désoler : «Vous savez, il y a plein de pêcheurs en eau troubles. Surtout, par les temps qui courent, un prêtre ne fait pas de la politique.» Selon lui, le but du Mfdc répondait plutôt à un souci de combler le vide politique créé par l’éloignement et l’enclavement de la Casamance séparée du principal pôle de décision qu’était Dakar, par la Gambie. C’est ainsi qu’au Congrès de Bignona de 1954, on ne parla même pas d’indépendance. L’ordre du jour portait uniquement sur l’intégration du Mfdc au Bds. Un sujet autour duquel Emile Badiane et Ibou Diallo s’étaient concertés avec Senghor à l’insu de tout le monde. Ce qui allait d’ailleurs causer un premier accrochage entre Senghor et Djibril Sarr à l’Assemblée territoriale. Ce dernier reprochant à Emile Badiane et à Ibou Diallo de l’avoir lâché au profil du père de l’indépendance nationale. Et dès l’ouverture du Congrès, la tension monta d’un cran. La jeunesse du Mfdc, amenée par Faye Badji, opposée à l’intégration pure et simple du Mfdc dans le Bds, resta très sensible au discours de Djibril Sarr. Pour elle, l’intégration équivaudrait à faire cadeau du Mfdc au Bds. Or à leur avis, une programmation sur le long terme se traduisant pour l’instant à une unité d’action suffisait parfaitement. Aussi après avoir quitté la salle du Congrès pour marquer leur désaccord au projet d’intégration, les responsables des jeunesses, sous la conduite de Doudou Sarr (Bignona), Ndiouga Konaté (Ziguinchor), Louis Dacosta, et Faye Badji reviennent autour de la table sur une médiation de Bouly Dramé voulue par Ibou Diallo et consorts. Et de l’intégration, le Congrès va glisser vers «l’apparentement» qui sera adopté au troisième jour. Les jeunes, déçus, quittent le Congrès sous la conduite de Djibril Sarr pour se retrouver chez Doudou Sarr où sera monté le projet d’un mouvement substitutif au Mfdc : Le Mac (Mouvement autonome de la Casamance). Il avait pour soubassement, des ambitions politiques sans enjeux immédiats, clairs. Mais tous ses membres étaient acquis au socialisme de gauche qui ne sera pas abreuvé à la sauce Senghor. Le Mac incarnera l’idéal du Mfdc. Il se veut une force politique cherchant à s’allier avec une autre formation politique pour arriver à la réalisation d’un programme à la convenance des populations de la région. Paradoxalement, en 1956, Assane Seck, ayant en charge le Mac, ira aux élections législatives sous les couleurs du parti de Lamine Guèye qui sera laminé par le Bds. Cette nouvelle alliance, qui n’avait pas bénéficié de l’adhésion de beaucoup de gens, va entraîner une nouvelle fracture. Et le Mac disparaîtra au profil du Pra qui finira par se dissoudre dans l’Ups. Ainsi nullement dans l’évolution politique du Mfdc originel ou du Mac, il n’a été question d’une quelconque indépendance de la Casamance. D’où la réflexion de Paul Ignace Coly qui se demande d’où les théoriciens de l’indépendance de la Casamance tirent leur référence. (source lequotidien.sn)



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